Le deuil

Contrairement à ce qu’on peut penser, le deuil ne concerne pas seulement la mortalité. Le deuil englobe aussi tout processus d’acceptation que ce soit la perte d’une personne suite à une séparation, (on parle de faire le deuil de la personne, mais aussi de la relation, etc.),  d’un enfant idéal (par exemple, la naissance d’un enfant malade, handicapé, etc.), d’un statut (par exemple, au travail), la perte d’un membre ou de la santé suite à une maladie ou un accident, etc.

Le mot « deuil » vient du mot latin dolore, qui signifie « douleur ». Le deuil est un processus qui comprend à la fois un détachement par rapport à certains aspects de sa vie et une réorganisation de celle-ci. Ce n’est pas une démarche facile et cela demande beaucoup d’énergie et du courage pour faire face à la douleur causée par la perte, mais elle est nécessaire si on veut retrouver un équilibre et poursuivre sa vie. L’auteure de « De l’autre côté des larmes », Suzanne Pinard (1997), décrit le deuil comme suit : « Le deuil, c’est l’ensemble des réactions d’ajustements, d’adaptation et de transformation nécessaires pour que l’on puisse vivre sainement et de façon autonome après le décès d’une personne significative. »

Peu importe le type de deuil qu’une personne vit, elle doit passer par différentes étapes. Tout le monde passe par celles-ci mais, puisque chaque individu est unique,  chacun les vit différemment et à un rythme différent. J’ai emprunté le modèle de Jean Monbourquette (1983), car il est depuis longtemps une référence en ce qui concerne le deuil. Celui-ci est maintenant à sa retraite, a été professeur à Montréal et à Ottawa, pasteur et a fait des études en psychologie. Plusieurs auteurs, comme Suzanne Pinard (1997), entres autres, s’en sont inspirés. Toutefois, même s’il y a plusieurs modèles, les étapes demeurent similaires quoique, parfois, dans un ordre différent.

Les étapes du deuil

1) Le choc : Cette étape survient lorsque la personne apprend la nouvelle. Monbourquette (1983) fait une analogie avec le courant électrique. Quand il y a une trop grande surcharge d’électricité, les fusibles sautent pour interrompre le courant afin d’éviter que les fils brûlent et ne brûlent tout le reste. C’est un peu la même chose quand on apprend la perte d’une personne significative, la douleur est si intense qu’il y a un blocage au niveau des émotions et la réalité devient confuse. C’est un moyen de protection et de survit qui permet à la personne de continuer à fonctionner, car cela l’empêche d’être envahie complètement par les émotions. Le problème avec cette phase, c’est que même après que l’événement douloureux soit passé, les émotions demeurent bloquées ce qui entraîne une perte de sensibilité, tout devient sombre, tant les émotions de peine ou de joie sont pratiquement impossibles à vivre. Il donne quelques exemples : « L’insensibilité face à une injure, le bourdonnement auditif qui empêche de saisir une mauvaise nouvelle, les yeux qui s’embrouillent devant une scène pénible, un sentiment de froid, une sorte de paralysie, une grande lourdeur physique à la nouvelle d’une mortalité

2) La négation: Pinard (1997) inclues les deux premières étapes de Monbourquette (1983) dans la même étape, celle du déni. C’est la phase où la personne qui apprend la nouvelle du décès est sous le choc et nie la réalité. La peine et la souffrance sont vécues avec une telle intensité à ce moment-là qu’elles ne peuvent sortir. Souvent la personne va réagir en disant : « Ce n’est pas vrai. » ou « Il est juste parti, il va revenir. » ou « Je ne peux pas y croire. ». Ou encore, la personne peut ressentir la présence de la personne décédée, comme si elle était encore parmi eux. Et les personnes autour peuvent aider dans la négation en rationnalisant la mort. Par exemple, elles pourront dire : « Vaut mieux de pas en parler parce que ça nous rend triste. » ou encore « Ne t’en fais pas, ça va aller. » Heureusement, cette phase est souvent de courte durée.

3) La dépression avec culpabilité : Cette étape arrive lorsque l’endeuillé réalise que la personne décédée ne reviendra plus ou que la situation est désormais changée. L’endeuillé commence à se faire des reproches. Comme les pensées engendrent des émotions, celles-ci étant négatives, elles lui font vivre des émotions pénibles et désagréables. Il y a plusieurs symptômes physiques dus à la surcharge d’émotions, par exemple, douleur à la poitrine, lourdeur,  crises de larmes, etc. L’absence se fait de plus en plus sentir, l’ennui et la tristesse deviennent souvent insoutenables au point que la personne a du mal à croire ce qui lui arrive. Il y a une désorganisation. La personne se sent abattue, n’a aucun intérêt pour les activités quotidiennes ou tout autre activité, pleure souvent, voit son avenir sombre, peut avoir tendance à s’isoler. C’est une étape très pénible à vivre.

4) Colère : Certaines personnes, au lieu de tourner l’accusation vers soi, ont davantage tendance à mettre le blâme sur quelque chose d’extérieur. Monbourquette (1983) explique que c’est sain psychologiquement puisque cela apporte un soulagement passager. C’est la faute de … l’ambulance qui est arrivée trop tard, du médecin qui a fait une erreur, etc. Il y a aussi la période des pourquoi. Pourquoi moi? Pourquoi m’as-tu abandonné? Pourquoi tu es parti si vite? Pourquoi, pourquoi, pourquoi…? On veut trouver un coupable, comme si remettre la faute sur quelqu’un, quelque chose allait alléger notre douleur.

5) La peine ou la pleine conscience de la perte : Cette étape survient quand l’endeuillé prend conscience que la personne décédée ne reviendra plus ou que la situation est désormais changée et le restera. Il prend alors pleinement conscience de la perte. Les proches tentent de consoler la personne endeuillée en prodiguant des paroles qui leur semblent réconfortantes; « Ça va aller. », « C’est mieux comme ça (si la personne était malade). », « Oublie ça. ». Peu à peu la peine ressurgit. C’est comme si tout venait de s’écrouler. L’endeuillé s’enfonce dans la vide, il est désorienté et il perd la notion du temps. Puis, peu à peu, la personne aperçoit la lumière au bout du tunnel. L’espoir revient, il ressent une libération et entrevoit un nouvel avenir. C’est le calme après la tempête.

6) L’héritage : Monbourquette (1983) explique que l’héritage est plus que l’acceptation résignée de la perte. C’est plus que le retour à la vie normale. Il dit : « … c’est l’unique chance de récupérer pour soi l’énergie, l’amour, les qualités mêmes de la personne aimée et disparue. » Que ce soit dans une situation amoureuse, surtout passionnée, ou de l’amour des parents pour leur enfant, il est connu que la perception de l’être aimé est plus ou moins réelle, c’est-à-dire, qu’on ne voit pas la personne telle qu’elle est. On l’imagine d’une façon plus ou moins irréelle, idéalisée. Alors, lorsque la mort les sépare, la personne endeuillée a l’impression de perdre une partie d’elle-même. Donc, lorsque celle-ci fait un deuil complet, elle se réapproprie ce qui lui appartient. Elle lui pardonne et se pardonne à elle-même. Encore faut-il laisser partir l’être aimé ou accepter la situation. Mais cela ne veut pas dire que la personne endeuillée ne le pleurera plus. Même après des années, celle-ci peut encore vivre de fortes émotions lorsqu’elle se retrouve dans un endroit particulier, retrouve des objets significatifs, lors d’occasions spéciales, etc. Cela ne veut pas dire que le deuil n’est pas fait. Cela permet juste aux émotions de se libérer et assure un équilibre.

Une étape que Monbourquette (1983) ne mentionne pas, mais qui est intéressant de retrouver dans le modèle d’Élisabeth Kũbler-Ross, une psychiatre et une psychologue américaine, est l’étape du marchandage. La personne fait des négociations avec la vie, Dieu ou peu importe le nom qu’elle lui donne, et fait aussi du chantage. Par exemple, une personne pourra dire, en parlant de Dieu : « Je t’ai négligé ces dernières années, mais si je m’en sors, je ne t’oublierai plus. »

Pinard (1997) résume ainsi le deuil. Faire son deuil c’est :

-          Dépasser les résistances

-          Reconnaître la mort de la personne significative

-          Défaire les liens affectifs qui  nous unissaient à cette personne

-          Régler les situations restées en suspens ou inachevées

-          Libérer toutes les émotions que ce travail fait émerger

-          Faire le bilan de l’expérience vécue, ce qui lui donnera un sens

-          Investir dans le monde des vivants

-          Pardonner et se faire pardonner pour touts les manquements qui ont marqué l’histoire de la relation, se pardonner aussi à soi-même

-          Remercier le défunt de l’héritage spirituel qu’il nous a laissé et qui enrichit notre vie

-          Le laisser partir en le bénissant

-          S’ouvrir différemment au monde qui nous entoure.

En conclusion, tout le monde est concerné par le deuil et aura à le vivre au moins une fois dans sa vie. Certains deuils seront plus faciles que d’autres à faire, mais l’essentiel est de se donner le temps de passer à travers chaque étape afin de retrouver un certain équilibre.

Il est important de consulter afin d’être accompagné dans ce processus de deuil qui est souvent douloureux. D’autant plus que dans notre société où tout va trop vite, nos proches ne sont pas nécessairement disponibles pour le faire.

 

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Références :

MONBOURQUETTE, Jean. Aimer, perdre et grandir. – L’art de transformer une perte en gain. St-Jean-sur-le-Richelieu. Les Éditions du Richelieu Ltée. 1983.

PINARD, Suzanne. De l’autre côté des larmes. Boucherville. Les Éditions de Mortagne. 1997.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Deuil